2026 /
les écritures numériques de janvier
ATELIER ECRIRE ET TRADUIRE
Je l’aime, mon amour
Cet atelier propose une expérience d’écriture, de lecture, de traduction.
Ecrire un texte, faire traduire son texte, traduire le texte de quelqu'un d’autre, avec une langue de départ et d’arrivée qui est la même, en l’occurrence la langue française.
L’approche proposée se veut fortement participative et encourage l’expérimentation dans l’espace-temps de l’atelier : tous les textes de création et de traduction sont produits dans l’atelier.
Il s’agit de créer ensemble un champ de résonances par le biais de l’écriture - réécriture.
Merci aux participants translucides.
Atelier soutenu fermement par les Sonnets de William Shakespeare, la préface aux Sonnets de Frédéric Boyer, traducteur, POL, 2010, et une photographie de Wolfgang Tillmans.
J’aime le feu. J’aime le feu de tes cheveux, le feu de ta crinière. De tes boucles et de tes pointes, j’aime le feu. J’aime te regarder. J’aime ta complexion brune et or. J’aime regarder le relâchement de ton corps, ton buste nonchalant. Ton chemisier d’or et de pourpre, j’aime regarder. Te regarder amoureusement, te regarder. J’aime te regarder, je rougis quand tu le sais. Je rougis de mon amour, je rougis du feu de mon amour. Je veux respirer ta peau chacal, ta peau brûlante et molle, ta peau brûlante humide de l’été. Ta peau d’été hideuse, je veux respirer. Je déteste l’été, ta peau molle et bronzée, je veux respirer. Je vois le blanc laiteux de tes dents qui claquent, j’entends ta voix grippée de tabac et de fumée, ta voix grippée qui parle. Je déteste la fumée. Je veux entendre tes dents qui claquent avec ta langue, ta voix à mon oreille, le tabac âcre de ta voix. Je déteste le tabac froid, le tabac sans fumée et sans feu. Je veux la boucle à ton oreille. La pointe de fer et d’or, je veux l’arracher. Je veux arracher la pointe à ton oreille, je veux l’arracher à ta pensée. J’aime te penser. J’aime penser à ta pensée amoureuse, une pensée de feu, une pensée folle. Je veux à mon oreille ta pensée. Je veux tes yeux bruns tigrés. Je déteste tes yeux bruns quand ils s’interposent entre mon regard et ton corps. Je rougis de tes yeux bruns quand ils s’interposent entre mon regard et ma pensée. Je crains tes yeux, tes pensées folles.
J’aime et je crains le feu. Je crains le feu qui brûle. Je crains le feu qui naît. Je crains le feu qui s’éteint. Je crains la fin de l’été, je crains la faim de toi, de tes yeux, de ta crinière, de ton corps. Je crains la faim. J’aime le feu. C’est tout ce qu’il me reste. Le feu souverain, le feu souvenir, fantasme débile, image de rien.
Ton regard fauve.
Jordi