RELEVES ET TEXTES D'ATELIER  2026 /





les écritures numériques de mai juin


ATELIER 

" Trois rêves de ma jeunesse "



La proposition d’écriture de cet atelier invite à regarder un court métrage de l'artiste Valérie Mréjen. Le titre du court métrage nous laisse dans un flottement de sens, d’accès, c’est un beau titre captif : " Trois rêves de ma jeunesse ", que voit-on exactement ? On a affaire à des situations quotidiennes et étranges à la fois, décalées semble t-il, souvent bouleversantes (l'émotion peut soudain surgir en soi), voire déroutantes. L’oscillation est constante entre une organisation narrative, et la forme du fragment, voire du déroutement. 


La vue, l'ouïe, le sens vestibulaire (équilibre et mouvement), sont particulièrement sollicités dans le film, il faut essayez d'emmener cela dans l' écriture, dans le texte à écrire.


Un synopsis d'atelier sera composé avec des micro-extraits de chaque texte écrit (une vraie collaboration), en miroir renouvelé du synopsis* du film de Valérie Mréjen, et en postface de l'atelier.


Trois rêves de ma jeunessse, un court métrage de Valérie Mréjen et de Bertrand Schefer, 10 min, 2017.

Synopsis* : La ville, une fillette. Elle monte dans un train. Au cours du trajet, son esprit vagabonde, rêve, à moins que ce ne soient déjà ses souvenirs.


Lien vers le site de l'artiste et la page du film.

 ⟶   valeriemrejen.com/portfolio/trois-reves-de-ma-jeunesse


Merci aux translucides pour leur participation.


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Jordi


Dans une campagne urbaine abandonnée, ce sont peut-être les dernières vacances.

La fillette traverse le champ. Les herbes sont sèches, elles cassent. La fillette les broie, les disloque.

Sur ses cheveux brun-gris comme les herbes sèches, elle pose une casquette fuschia.

Les enfants traversent le champ, le train traverse le champ. La tourterelle en veilleuse.

Silence.


Moteur, action.

On a vu la fillette.

On a vu le train.

On n'a pas vu le reste.


La fille est dans le train qui roule, vertige du roulement.

La fille enroule le rideau rouge bordeaux. Le rideau rouge au noir. Silence.


La fillette est au centre du champ. Le chienne blanche en veilleuse.

Deux pommes, deux parts de gâteaux, on les compte.

La fillette regarde amoureusement le garçon croquer dans la pomme, amoureusement ?

Silencieusement, elle mord dans la part de gâteau.

Amoureusement, elle plie le papier. De désespoir, elle le lâche. Le garçon plie et replie le papier, il en fait un éventail. Il en fait don à la fillette.


On a vu la main tendue du garçon.

On a vu l'éventail donné.

On n'a pas vu le reste.


Moteur, action.

La fille est dans le train qui roule.

Le paysage anamorphosé traverse le champ, vertige du défilement.

La fille mord dans le gâteau. La fille mord à nouveau dans le gâteau, à nouveau ?

Noir, silence.


On compte les taches blanches de l’amanite, la fillette les compte aussi. Les nains de jardins, on les compte aussi. La fillette est sur le côté, parmi les gens du marché, elle circule.

Elle compte, on compte quoi ? Les trous, les pas, les passants.


On a vu les corps des passants.

On a vu les chaussures de la fillette.

On n’a pas vu le reste.


Moteur.

La fille est dans le train.

On compte les sièges, vertige des secousses.

Le paysage anamorphosé traverse le champ.

Noir, silence.


L’eau est opaque. Les visages flottent comme les icônes mobiles de Paradjanov. La fillette est sur le côté, elle n’est pas parmi les gens. Le doux clapotis limpide, le silence trouble de l’eau.

On compte les têtes.


On a vu les visages à la surface de l’eau.

On n’a pas vu en-dessous.

On n’a pas vu le reste.


Moteur.

Le train s’arrête dans le champ.

Le paysage s’arrête dans le champ.

La fille s’arrête sur le quai.

Moteur, et le son trouble, atténué de l’eau, vertige du flottement.

Les moutons bruns-gris traversent le champ, on les compte.

La fille est parmi les moutons, les moutons parmi les herbes sèches.


Dans une campagne urbaine abandonnée, ce sont peut-être les dernières vacances.

La fillette sort du champ.


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Soizick


L’été

Une ville à l’abandon

Barre d’immeuble où s’exposent des paraboles sur les balcons

Barrières de chantier où s’échappent des herbes folles

Une enfant en short et tee-shirt noir, cheveux au vent,

Marche d’un pas décidé

À travers les barreaux,

Elle arrache une herbe, puis émiette doucement une fleur


L’enfant est assise dans une clairière, bras et tête dans les genoux,

Un beau chien blanc la regarde puis s’éloigne dans la forêt

Une maison en bois

Un rebord de fenêtre,

Deux pommes, deux morceaux de gâteau

Un garçon assis sur une chaise rêve par la fenêtre

Elle attrape une pomme

Il attrape l’autre

Silences croquants, regards soutenus

Elle déplie une feuille griffonnée

Tente de fabriquer un objet de papier

Vacarme de la feuille triturée

Elle s’agace,

Dissimule son visage sur le matelas nu

Le garçon prend la feuille, la transforme en éventail, lui offre

Elle s’évente la tête haute


Elle s’assoit sur un banc à moitié écroulé

Une mouette couve sur un lampadaire

Un train ralentit, s’arrête

Elle se décide à monter à la dernière minute

Sifflement de la locomotive,

Couinements des roues sur les rails

Elle joue à cache-cache avec le rideau,

Regarde par la vitre taguée

Flux vert qui défile à toute allure

S’assoupit un moment sur la banquette

Grignote debout, le front contre la vitre,

Tangue dans le couloir

Sur les oscillations bruissantes du train


Elle arrive en ville, au marché

Ses cheveux longs la protègent du monde

Des nains de jardin rassemblés pour une prochaine manifestation

Elle compte les points blancs sur des champignons sculptés

S’assoit sur une bordure de trottoir,

Compte : one, two, three, four

Les trous de la lanière de sa chaussure

Zigzague dans la foule entre les étals

Compte sans s’arrêter : un, deux, trois…

Trente, trente et onze, trente douze, trente treize, trente quatorze, trente quinze, trente seize,

trente dix-sept, trente dix-huit…

Virevolte avec un gâteau dans la main


Un lac, quelques baigneurs barbotent

Juste leur tête dépasse de l’eau

Des pions sur un échiquier liquide

Silence lourd de chaleur

Entrelacé du clapotis à peine perceptible

Elle scrute les nageurs depuis un ponton, l’air amusé

Un homme flotte sur le dos, les bras en l’air

Une femme mouline des mains à la surface de l’eau

Une autre enchaine des mouvements de brasse

Puis, ils se retrouvent alignés en file indienne

Comme les enfants dans la cour de l’école

Avant de pénétrer dans la classe


Au retour, elle hésite à descendre du wagon

Un tuyau d’arrosage traîne sur le quai

Elle marche dessus un pied après l’autre

Joue avec le jet d’eau qui en sort

Un berger apparait

Quelques moutons broutent l’herbe entre les rails

Elle les suit

Le vent balaie les herbes et les visages

Bruits de mâchonnement

Sous le sifflement du train qui repart


Flottement entre rêves et pensées

Flou de la vie, sensations éparses

Liberté au milieu de la foule

Sentiment de nulle part et de partout avec soi


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les écritures numériques de mars


ATELIER 


Journal de voyage tome 1



La proposition de cet atelier vous invite à appréhender différentes manières de vivre de dire d’écrire le voyage. Le voyage au très loin, qui anéantit l’être pour mieux le régénérer, le voyage immobile, ou comment se tenir dans un lieu unique, le creuser, l'altérer, et se souvenir, et écrire autour de lui, le voyage enquête, mais qui ne se laisserait pas dépouiller de quelque chose de littéraire (le style propre et la conscience de cela, le polir ce style le polir).

Au bord des choses et les expérimentant, le mouvement double du voyageur : regarder, intervenir. L'expérience du voyage se veut au plus près de la vie, dans l'écoulement de l'espace et du temps, saisis par un protocole personnel, souvent très affiné.


Avec Joël Vernet:::::Voyage fugitif. au Moyent-Orient, éditions Le temps qu'il fait..::::::::Amaury da Cunha:::::Coeur bleu,Filigranes éditions::::vimeo.com/1097186380?fl=pl&fe=sh :::::Cédric Gras:::::L'hiver aux trousses, éditions Gallimard.


Merci aux participants translucides.


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Journal ouessantin    Jordi   


7.11

Dans le train, en route vers l’île. C’est nécessairement une retraite. À l’Ouest, dans l’Atlantique. Une petite île, à écrire et à explorer. 3 jours. En novembre, loin de la cohue touristique.

J’ai pris mon appareil instantané, j’ai cessé de croire aux images des cartes postales. Mon écriture ne peut être accompagnée que d’images captées. J’ai le désir d’écrire, d’être loin et d’écrire.

Il faut trouver la forme, être précis dans la description... la volupté de la précision, la volupté d’égrener les heures, de déterminer l’orientation, de ne pas oublier les repas et les siestes, d’écrire en cheminant et de cheminer en écrivant.

7.11, soir

Brest est une ville morte le dimanche, j’ai mangé une gaufre belge à côté d’un cinéma. J’étais seul dans le restaurant (?), mais le serveur m’a donné un boîtier qui sonne quand le plat est prêt. (C’est à moi d’aller le chercher.)

À 19h, à l’hôtel près de la gare, j’entends mes voisins faire l’amour. Les oui de la femme, le lit qui grince et même les étouffements mâles de son partenaire… J’ai l’impression d’être avec eux et d’être de trop, j’en rougirais presque. Je ressors pour aller prendre mon repas. 

Seuls les restaurants près du cinéma sont ouverts. Je ne retourne pas chez les Belges, j’aimerais éviter le boîtier. Je rentre donc dans celui d’à-côté, les boîtiers sonnent du sous-sol au balcon…

Dans ma chambre d’hôtel, devenue silencieuse, je lis Victor Segalen, L’Equipée. Je me prépare. Le hasard est recherché. Il n’y aura pas de voyage s’il n’y a pas de hasard. Mais je l’attends ce hasard. J’en amplifie l’attente, de littérature (Segalen donc), de musique (Ravel), de rêverie. J’imagine la tempête, peut-être la mort par accident (glisser d’une falaise poussé par le vent, mon corps brisé sur les rochers dans l’eau). Aller tout à l’Ouest pour trouver la fin des terres, la fin.

8.11, petit matin

En attendant le bateau au port, je feuillette mon dictionnaire des mots de la mer. Ce désir d’eau et de large doit se traduire par des mots précis. Il fait nuit encore, la mer est calme et les mâts des bateaux tintent.

8 heures 20, le bateau démarre, le jour se lève (soleil encore caché).

Mes impressions jusqu’à l’arrivée sont brouillées. Quelques images : les premiers remous dans le goulet de Brest, la houache blanche, mousseuse et violente, roulement continu. Un jeune homme silencieux, mon semblable, reste sur le pont avec moi. Houle océane : les crêtes et les creux s’étendent. Le bateau fend ou glisse, cabre et penche. L’écume rompue explosive traverse les vêtements, écorche les yeux. Du sel sur mon visage, j’en retire une épaisse couche avec mes doigts. Un fou de Bassan solitaire. Bleu hypnose, forces du vent, tangage. Certains s’amusent, d’autres vomissent, moi je m’abandonne. Saoulerie de novembre, Ouessant.

V. S. : J’ai été parfois heureux comme un héros. Oh… par minute peut-être… mais cela fut. J’ai été.

9.11, chez M. Contaret

Petit déjeuner avec Paolo (2 ans) et sa mère, mes hôtes. Paolo était intéressé par mes chaussures de marche, il m’a observé faire mes lacets.

Débuté sous la pluie. La plage de Corz à marée basse découvre ses amas rocheux, pleins de petits oiseaux. Remontée dans les terres : tandis que j’écris, je croise deux chiens errants ensemble. Ils sont indifférents à ma personne.

...j’ai pris un peu de hauteur à Toulalan (le nom du hameau sur ma carte). Je vois les deux chiens au loin toujours sur la route, un duo comique. Le vent s’engouffre entre les maisons. Une cloche (10 heures ?). Rejoindre la côte.

Je suis face à la mer, face au midi. Je viens de manger des sardines au citron, une carotte, un peu de pain. J’écoute le ressac en bas de la falaise et je lis Segalen. A mon avis, je vais prendre un coup de soleil. Je suis bien.

Stèles, Segalen : Attentif à ce qui n’a pas été dit ; soumis par ce qui n’est pas promulgué ; prosterné vers ce qui ne fut pas encore

Je vais dormir.

Après-midi, 15 heures ?

Je n’ai croisé personne jusqu’à la plage de Penn Arlan. Je suis perdu dans la durée.

Une arche naturelle en bord de mer : l’eau s’y engouffre en résonnant, puis se retire en roulant les galets.

Tout à l’heure, je suis resté fasciné par un petit maelstrom blanc et turquoise aux abords d’un amas rocheux : la vague arrive, se frotte au rocher et creuse dans sa propre matière liquide une dépression que le reflux vient recouvrir à son tour. Le phénomène échappe à ma description et à l’image. Mon dictionnaire de la mer ne m’aide pas beaucoup.

La pointe de Penn Arlan : le courant marin traversé la veille est à ma droite, le port à ma gauche. Ce doit être marée haute. L’eau écumante des lames remonte sur les à-pics en dévorant la falaise et retombe en d’innombrables cascades. Je suis face au gouffre qui chante, je chante aussi. (Beethoven, la symphonie n°7, l’allegretto ?  me vient en tête.) Je chante avec frivolité probablement, comme soûlé par le vent. Excitation, gloussements, je suis seul depuis des heures…

V. S. Écoute en abandon et le son et l’ombre du son dans la conque de la mer où tout plonge.

Quelques mots à jeter sur mes papiers : haut-fond, se déhaler, havre, lame de fond, monton, brisant.

10.11, près du port du Stiff

Lumière grise, matinale, brumeuse, océan bleu vert ardoise.

Sur une avancée de pierre, encerclé par un courant en arc-de-cercle qui se répand sur les flancs en torrent et creuse des siphons. Au bout de l’éperon, la roche est couverte de micro-fougères et de lichen jaune vif. Au sommet, des morceaux de pierre blanc marbré. A marée basse, les criques sont noires de goémon humide.

Au nord, des blocs de pluie redoublent la surface de la mer d’un voile d’ombre.

Sentiment d’existence solide (au sens premier) et solitude extrême. Deux jours sans rencontrer personne, que le soir à Lampaul.

Je ne décompte plus les heures, je mange quand j’ai faim et seulement quand j’ai faim. J’ai même cessé de m’inquiéter des regards indiscrets quand je pisse (pas d’arbres, presque pas de buissons – seulement de la bruyère et des herbes rases).

Je suis au désert : vide et lumière.

18 heures : je suis dans ma chambre au chaud, j’ai pendu mon surpantalon et ma parka pleine d’eau au-dessus de la baignoire. J’ai pris la pluie, le vent et la grêle. Je l’ai cherchée, je l’ai trouvée : la tempête m’a surpris sur la presqu’île de Cadoran.

Je regardais le sud et l’intérieur des terres : ciel – lande-ligne d’horizon – toits clairsemés – petit crachin. J’ai pris une photo, elle s’est envolée en sortant de mon appareil : dans mon dos, le sublime se préparait.

Vent et pluie glaciale, sous une masse épaisse de nuages bleu anthracite. L’intensité des bourrasques me surprend et j’ai un peu peur de quitter la presqu’île qui n’est reliée à Ouessant que par un chemin étroit. De part et d’autre, c’est l’abîme : un coup de vent et je plonge.

Cela mugit entre les rochers et j’ai l’impression que la pluie et des morceaux de sel remontent depuis les criques. Ce sont des grêlons qui me fouettent abondamment le visage. Je suis poussé, repoussé. Je ne lutte pas : me voilà au milieu de ce que j’attendais, complètement intimidé. La grêle me transperce de froid. J’hésite un instant, je sors mon téléphone, il est 15 heures, j’ai reçu un message de la banque, je suis à découvert. Je quitte la côte et prend la route principale pour rentrer.

Je ne suis pas mort. Je me repose, je lis Segalen à nouveau. J’aurais peut-être mieux fait d’emporter Huysmans. Je constate que mon romantisme a ses limites et que pour aller vibrer avec le cosmos, j’ai vidé mon compte bancaire.

Ce soir, je décide de boire du rhum (un diplomatico classique – il y en a chez la Duchesse Anne, le seul hôtel-restaurant ouvert en basse saison).

11.11

Paolo toujours fasciné par les lacets de mes chaussures de marche.

Retour à Cadoran, journée sèche mais la presqu’île est toujours ventée à l’extrême. Dans l’eau, tout s’agite. Chocs, heurts, cris des lames et des falaises. Un arc-en-ciel.

Sur le chemin, croisé un beau cheval blanc, des moutons, un faisan. Apparition du soleil avec sa lumière si franche, qui perce de rayons rectilignes les nuages. Les feuilles d’herbes et la terre humide luisantes.

La bruyère a disparu au profit d’une végétation de marécage : des mottes vertes et molles semblent reproduire le motif des vagues. Ces vagues de la mer qui battent les éperons et les criques brunes dans un bruit continu de torrent, je l’entends comme un bourdon depuis 3 jours.

Des petits cours d’eau partout ruissellent. Les embruns se répandent sur la terre comme une brume, le paysage scintille tout autour de moi et me pique de froid.

15 heures ? Arrêté au phare du Créac’h, une impressionnante collection de lanternes. À l’intérieur, il n’y a personne sauf l’hôtesse d’accueil. Silence total, reposant après quelques heures sous les sifflements de l’air. Une exposition temporaire sur le motif des phares au cinéma : Epstein, Grémillon.

En sortant, j’ai croisé quelques touristes. Le vent s’est calmé, on dirait que les nuages s’éloignent. Cela ressemble à un retour à la réalité.

Pointe du Pern, deux cordons de galets comme deux plages, avec des éperons rocheux qui surgissent. Une corne de brume à l’abandon, un phare dans la mer. Je suis au Finistère concrètement, le territoire le plus occidental de la France métropolitaine.

La marée basse et sereine dévoile les restes d’un déluge, une étendue de roches brunes filées de goémons qui sentent l’iode. Je marche ému comme au milieu de vestiges antiques. Il fait presque chaud.

Écouter le Cantique de Jean Racine, Gabriel Fauré, en rentrant.

Sur le chemin qui me ramène au bourg, soleil encore haut, lumière toujours très franche. La lumière est très spéciale ici. La lumière ouessantine : épaisse, physique, palpable, matière brute. Lumière et eau, tout est dessiné dans la lumière et l’eau.

Je manque de glisser en regardant les innombrables lapins qui détalent à mon approche.

Le soir, sur la grève, des aigrettes blanches. J’écoute le son du rivage de galets, c’est une musique indolente et soyeuse. On dirait un soir d’été.

12.11

Ce matin Paolo m’apporte mes chaussures de marche toutes crottées et les pose sur la table de la cuisine…

14 heures ? J’ai sommeillé vaguement sous le soleil, bien au chaud dans ma parka, pas loin d’un nid sans doute. Deux craves à bec rouge n’ont pas cessé de s’interpeller en volant au-dessus de moi. J’ai dû les déranger.

16 heures, je monte sur le bateau qui me ramène à Brest. Mer de demoiselle, d’après mon dictionnaire. Une mer très calme, mais le mouvement minimal du bateau à l’arrêt me rend malade. J’arrête d’écrire.

19 heures 45, Brest, dans une crêperie.

En attendant ma crêpe au beurre salé, j’écris pour ne pas avoir à répondre poliment aux œillades et aux sourires appuyés que le cuisinier me lance, dès qu’il passe dans l’entrebâillement de la porte. Il est affreux. Cruauté du retour.

J’ai envoyé tous mes instantanés par la poste, famille et amis. Je n’en ai pas gardé un seul, je vais prendre en photo ma petite carte de l’île, ça fera carnet de voyage.

J’espère que le repas sera bon. Je ne sais plus quoi écrire, mais le cuisinier continue son numéro de charme.


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