Les éditions des Lisières bel égarement SITE
Les éditions des Lisières est une maison d’édition, avec une politique éditoriale, des outils, et un déploiement à hauteur d’homme. L’éditrice Maud Leroy fondatrice de cette belle maison, avance à son rythme, selon les rencontres, les coups de coeur, elle reste aussi subtilement ouverte aux préoccupations du temps et ne perd pas de vue que la forme poétique ne vise pas uniquement le poème, mais s’attache à toutes les manières d’habiter humainement le monde. Elle lit elle-même les manuscrits reçus et publie seulement quelques livres par an. L’agencement éditorial est raffiné, on repère cinq collections (collections Hêtraie, Ortie, Aphyllante, Pinson des arbres, Hors collection), abritant des formes et des intensités, accueillant un texte militant ou bien une poèsie de montagne, aussi quelques références qui peuvent intéresser les enfants, l’édition bilingue est fortement investie.
Maud Leroy travaille avec des acteurs patiemment ancrés dans un territoire (la Provence). Le livre des Editions des Lisières est méticuleusement fabriqué, à la manière artisanale et lente, choix fréquent d’un format oblong, beaux papiers, couverture à rabat soignée, créée en typographie au plomb, illustrations toujours particulières à chaque livre, exécutées souvent en linogravure, parfois par l’éditrice elle-même, certains auteurs-artistes illustrent aussi leurs textes, les ouvrages paraissent toujours en édition limitée. Le livre-objet des Editions des Lisières garantit une expérience aussi visuelle que tactile, c’est concret, rugueux, quand on le manipule on a vraiment le sentiment d’une composition profondément pensée, le texte est aéré rythmé, raffiné par ses choix de polices, et appelle à une qualité de concentration. C’est un bel objet quand le livre se tient fermé, posé à plat, on a d’ailleurs envie de l’avoir dans notre champ de vision, comme un dessin ou une peinture, comme une oeuvre graphique dont on prendra grand soin.
⟶ www.editionsdeslisieres.com
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Texte d'atelier - mars
et la bordure cévenole couverte c’est l’aléa traversières complantées de beauté l’effet tourmente
et
compartiment menant rasant précipitant tant de jaune tremblé non feint et Beau caire saillant bordé écarté
et
le vaste ensemble choit c’est flagrant exposé plus qu’aux signes à Saint-Jean épier la châtaigneraie à terre mastiquer sa cargaison
et
enchevêtrement non transitoire racines pivotantes leur langue obscure une volonté de choir contenue par l’eau du lac
et
enlacement de l’apparition paysage déboisé râle des genêts éternisé dans la paume le résidu est fastueux tige florale la couleur rend
et
sur la hauteur de Navacelle l’existence tombale domine à ce point amplement la réflexion pure prime
et
dans les terres rochers et écorce décolorée dans l’abîme délavé du ciel Notre Dame du Carla froncée s’échappe
et
approchement du causse carnation rosée de la hâte tendance du sujet à s’éclipser derrière la bruyère calunne
et
soir apologue de la plante suave atmosphère rompue pressentiment finesse du rehaut lumineux tonal rare
adoucissement inouï du détail route de Caderle
et
trois mouvements aléatoires dans l’air prétexte nourricier au dessus de l’étang silence long sentiment de gris soyeux couleur triste sans peine
et
influence puritaine vaste étendue sableuse eau blanchâtre coloration oublieuse humidité fraicheur argileuse
et
début des ors vigneux dégluant ocres sombres clairs agrippés aux coteaux au fond petites rivières insinuantes enserrant
et
chemin sombre cendré taches noires opaques sans écho invisibilité de la feuillée buissonnante
et
paix silence longs troncs gris aguerris corbeaux noir dur vert imbibé lyrisme profond haie dense peu pénétrable
et
sur la terre ferme dorénavant une force de chose estomac vidé tipules noires boueuses agrippées
et
maculage par la giclée coulée brune et grise gaufrage farfelu du champ humidité soutenant la touche fluide
et
de ce côté-ci la nature est la plus folle touffue peu pénétrée très silencieuse écheveaux de jeunes chênes au bord de la départementale la pluie à nouveau
et
les carrés blancs métalliques mats des tombes inaccessibles sous les pins Douglas et les noyers détrempés
et
collines de la Gardiole insert dans les étangs cent cygnes flamants ralentis rosés et cornalines dans un dernier regard quittant les terrains aqueux une atmosphère normande assaille
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La nuit texte d'atelier
la nuit dernière j’ai rêvé que je vomissais dans une petite bassine en hématite une fois celle-ci remplie je me sentais bien puis quelqu’un apparaissait à ma gauche et saisissait la bassine pressé
la nuit dernière j’ai rêvé
quelqu’un se penchait subitement pressé son instant de haleur musique et haleine
*
quelqu’un de méchante humeur se déplaçait en sens inverse remontait tout très vite un mouvement qui prenait des heures
*
souffle d’un vent qui s’engouffre s’affirme remplit reculer reculer jusqu’à l’obscurité pure
*
la nuit ne se manifeste plus de la même façon elle arrive d’une manière plus naturelle invite à des déplacements plus bruts les lignes de force sont moins tracées leurs ondes sonores sont extrêmement chercheuses rapidement tournées vers le ciel il enquête sur leurs liens leur communication tacite insère le dernier rêve _ de ce qu'il en sait
j’ai aimé à la folie toutes ces visions d’étoiles comment j’ai pu les approcher
*
la nuit dans la gueule du loup
nulle feinte
au miroir de nuit
allure du mouvement
sans retentir
qui a bien lieu
qui observe
à travers l’affreuse tempête
encore plus noire
et nage
*
la nuit allonge les silhouettes
les mains
*
j’ai nagé dans une mer très noire sous une réserve de nuages très noirs le ciel a tout hissé plus haut aux premières lueurs du jour
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Un texte arrivé ici
Léa - Jordi B.
29 décembre 2025 - janvier 2026
J’ai écrit à Esteban il y a trois jours (pour sa fête). 10 ans que nous ne nous sommes pas vus, et peut-être 3 ans sans un échange de mots. C’est Léa qui m’a répondu. Esteban est devenu Léa. J’ai écrit à esteban.marquez@hotmail.fr et c’est leamarquez@outlook.com qui m’a répondu. Elle m’envoie des bises, mon message lui a fait plaisir, elle demande de mes nouvelles. Je ne pense à rien, cela fait si longtemps. Je ne suis pas étonné, il n’y a qu’à l’accepter, c’est facile. Ce sera donc Léa. Je relis le message attentivement, et je chute. C’est comme un trou noir, du côté du cœur ou de l’estomac. La fameuse étreinte d’angoisse, le vide. Les viscères sont comme aspirés, il y a un trou noir à l’intérieur. Parce que je reconnais bien ton écriture, Léa, je reconnais son élégance, l’élégance d’Esteban. Tu as « troqué » ton ancien prénom, mais pas ta mélancolie. Je n’arrive pas à savoir si tu es enfin heureuse. La France te manque, dis-tu, mais tu es libre « ici ». Les choses ont changé, ce n’est pas seulement un nom. Tu as décroché du cinéma, tu dis avoir rompu complètement avec ton passé. Esteban – Léa, ce n’est pas une évolution, une continuité, c’est une rupture. Mon message t’a fait plaisir, tu demandes de mes nouvelles. Mais tu as rompu avec le passé. Et que suis-je, si ce n’est un morceau de ce passé ? Je suis rejeté dans une forme de nuit, le trou noir que je sens s’étendre du côté du cœur et de l’estomac. Ta mélancolie me replie dans la mienne. Je n’aurais pas dû te lire le soir : le soir, le vide s’agrandit. Car je réalise que ce passé que tu rejettes, je ressens pour lui une forme de nostalgie. Soudain cela me frappe : je t’ai aimé Esteban, j’ai aimé ta voix, ton visage. Qu’est devenue ta voix de conteur ? J’ai la nostalgie. Léa, es-tu toujours pareille à toi-même ? Ou dois-je me résoudre : le passé est bien fini ? J’ai aimé notre amitié, je t’ai aimé, mon ami, et j’ai aimé ce que j’étais dans ce passé. Égoïstement, je me dis : ce n’est pas seulement Esteban, c’est aussi une partie de moi que tu enterres. Car moi, je n’ai pas rompu, je vais toujours au cinéma, j’ai seulement vieilli. L’abîme qui se creuse dans mon corps pour si peu, un changement de nom, me désespère. Je n’avais pas réalisé, je crois, que nous étions amis. Tu as pris un nouveau nom comme un recommencement, comme une sœur qui fait ses vœux et rejette le monde en dehors du couvent. Je suis à la porte, j’ai toqué, tu as tourné la clef. Il me faudrait maintenant franchir le seuil, ne pas rester buté. Mais je reste devant la porte. Pardonne-moi : c'est lui que j'aime. Le passé ne veut pas mourir...
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Texte d'atelier
il est arrivé au sommet faible calmement et au sommet il est le seul à pâlir il voulait entendre une musique (celle du vent du vent seul) à la hauteur folle où sont passées les journées à marcher à monter à grimper les journées à vivre le seul à approfondir le seul maintenant à vaciller à hésiter les journées à vivre le seul maintenant à renier si peu de soleil perce à travers les tourbillons neigeux il voulait grimper arriver seul entendre une musique (celle du vent le vent seul) maintenant le visage défaillant le seul à entendre une musique celle du vent le vent seul une indépendance folle le visage défaillant à la hauteur folle le coeur défaillant sans tapage la gravité d’un os cassé flouté par les tourbillons neigeux la gravité d’un os cassé flouté par les tourbillons neigeux le corps défaillant le seul à la hauteur folle plié par la gravité d’un os cassé flouté par les tourbillons neigeux le corps défaillant à la hauteur folle plongé dans le ciel
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2025 - 2021
Une proposition de lecture numérique
L'herbier de la poète Emily Dickinson, objet assez exceptionnel, composé entre ses neuf et quatorze ans, réunissant 424 spécimens de plantes en 66 feuillets, est enfin accessible au regard. Celles et ceux qui ont déjà pris contact avec son oeuvre poétique, volatile et énigmatique, savent que le motif végétal est omniprésent et possède une force transcendante. La bibliothèque Houghton, département des livres et manuscrits rares de l'université d'Harward, a numérisé l'ensemble de l'herbier, on peut maintenant le consulter librement sur le site de la bibliothèque.
⟶ iiif.lib.harvard.edu/manifests/view/drs:4184689$4i
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Textes d'atelier les ateliers numériques de Laura Vazquez lauralisavazquez.com
le visiteur traverse le bois imposant sous le couvert tangent et hésitant il lève quelques petits obstacles la fougère aigle condensée meurtrie à son passage fugitif cisèlement il repousse ce qui se brise dissout en enjambement les feuilles ne tombent guère ses yeux sont grands ouverts a t-il une vague hantise peut-être une simple conscience flottante le visage se penche les vastes arbres aux écorces frappées de rayons transparents les longues lignes d'halos déferlent aucune modulation d’oiseau ne lui fait franchir l’ornière surgissant du fond un pouillot véloce le congédie colérique ou plein de frayeur le visiteur est de passage aucune raison de retenir quoi que ce soit non ce n’est pas exactement cela il retient son pas au dessus des spirées son regard se muscle dans le royaume forestier roulement des fûts effondrés leur attitude dénouée et tendue beaucoup s'agrippent au dedans et lui marche inconnu dédaigné il faut aller plus loin par un chemin court ou très long peut être vers le bon cours des choses
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où commencer mon long appel de joie je ne suis pas certain glaner chêne frêne fusain glaner cèdre robinier je n’en sais pas davantage face aux atomes soupeser le mousseron voisin d’une hilocomie endosser le monde en endossant ses lieux lieux de mers sobres lieux pour amplifier le souffle lieux d’observation pour prendre place la vue serait comblée donation de l’instant au monde je vivrai le jour éphémère et tous ses doublets à toutes les altitudes la terre enveloppe suffisamment donation du moment de joie au monde entre le ciel clair et le sol terreux lorsque le soleil décapite
je voyais le crépuscule et tanguait sans vouloir l’ultime éclat celle des raids et des nuits lance son cri tout à coup il faudrait en faire part je passe la nuit dépouillé de la clarté qui reviendra reste ce geste singulier goutte à goutte va s’enfonçant dans le monde
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mon regard est propre et net farouche cela va sans dire telle cette roche de Palmer entourée de ses flots éprouvants j’ai échoué ici c’est désolant et grave autour de ma bouche un début de gélivure elle produit des sons insensés hurler évite l’air avachi eh je dois me faire remarquer je m’entends dire que mes bruits effraient qu’ils sont sans pudeur je fais dialogue avec les damiers du Cap amoureux fous de ces rochers ils risquent de me déchiqueter je pointe mes mains gantées vers les rieurs leur énervement est aussi éphémère que le mien ils possèdent l’art d'être ensemble le cri vivifiant ils piquent vers l’écume de vrais pur-sangs leur si belle nudité leur approche est pratiquement dionysiaque je braille affreusement comment rayonner dans cette posture affligeante il faudrait cacher ces traits horribles comme devrait le faire le condor californien ou bien le sarcoramphe qui se dit pourtant roi ces traits sont miens mais tellement momentanés sur la péninsule de Palmer le principe est minimaliste durcir et fissurer ces lieux si gelés laissent pourtant échapper une fine fumée grandeur de haïku mais aussi une odeur de baleine éventrée mon estomac gargouille férocement je ne me reconnais plus je dois me maintenir ici je n’inspire pas de pitié ils me somment d’arrêter de crier c'est comme un moment de mauvais débats mon front solidifie un nouveau nuage de poussière glacée je crains l’arrivée de la pluie même infime je dévale la pente escarpée à la recherche d’un morceau de terre mon mouvement jette les groupes en émoi ceux-là aux pieds et au lèvres roses s’envolent bruyamment vers le large un énorme effort me fait chuter sur le lichen desséché je vois ma tête rouler vers l’eau glacée les flots sont larges et amers le suintement argenté des cailloux provoque un fort tourment les étoiles sont tombées sur le sol je songe au capitaine Palmer apercevant cet archipel princeps je trempe mes cheveux sous peine de me perdre la roche de Palmer se fend il est temps l’aube vient
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Veuillez——doux hymne du renouveau pluie de larmes nouvelles neuve humidité veuillez
veuillez————intimement et rapidement abandonner tout————tout de l’année du dernier automne du dernier été tout——veuillez——du dernier printemps tout du nouvel hiver tout le nouveau d’avant veuillez
veuillez——poser le front sur le nouveau————entrouvrir le nouveau veuillez
veuillez——au milieu des sons qui expirent tout le nouveau d’avant veuillez————de chacun des jours d’avant vous en aller——partez——du triste et cruel lancinant dérobez———— des noirs récifs du tabac froid des nuages trop bruns——quittez——de trop d’indiscipline rivez-lui le clou rivez————vos bottines en cuir frais remettez veuillez————vous en aller chaussée de cuir frais allez allez————sans effroi droite allez allez————veuillez tandis que vous vous en allez ne vous souvenez——que vous vous en allez décolletez————que vous vous en allez amplifiez————que vous vous en allez caracolez————que vous vous en allez distancez————que vous vous en allez————surgissez——l’oreille dressée à toutes les mélodies avisées————que vous vous en allez paix fixée
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posés par couleurs et gammes les feutres Faber Castell attendent se bousculent très peu ils résistent très bien ils resistent très bien à l’eau à l’azote à une folle impatience - maxima resistencia a la luz - je saisis le black 199 une encre de chine d’excellente qualité - tinta china - il roule sur la table effleure le flacon Herbin précieuse encre verte lierre sauvage un frisson me parcourt j’ouvre très vite le flacon et répand l’encre sur la longue table étang marais chemin de halage puis plus grand chose je m’empare des plumes de verre pose une feuille Canson A3 125 grammes commence à divaguer le geste sûr tout de même je saisis le tire-ligne Koh-I-Noor trace une ligne fine de 0,3 millimètres sur la peau de mon bras c’est très agréable apaisant frais lierre sauvage jaillit sur ma peau pâle qui se transforme en liseron un petit geste brusque en direction des godets Winsor et Newton la série 612 se met en route s’entrechoque s’éparpille certains voltigent d’autres quittent l’espace de la table filent vers les airs mais où vont-ils donc Scarlet Laquer numéro 612 série 2 et Rouge Cadmium Clair Véritable numéro 605 série 4 butent contre les gommes mie de pain la Faber Castell bleue se fait immédiatement la malle Rose de poterie Winsor - Rosa de Potter - numéro 537 série 2 disparait tout aussi prestement cela ne m’inquiète pas je me concentre sur les taille-crayons j’en possède plusieurs j’aime cet objet sorti certainement de l’esprit humain en voguant Faber Castell noir jais en métal et plastique avec sa petite manivelle aime tailler les crayons de couleur il taille aussi les sourcilleux crayons de pierre noire Staedtler petit à un trou distingué vif argent métallique avec reflets froid au toucher incisif ne perd jamais de temps le Maped bleu pâle n’est pas mal un peu jouet en plastique c’est son point faible avec sa petite réserve on peut tailler dans le noir dans le train dans la rue dans une bibliothèque universitaire bondée le Derwent noir me plait beaucoup appareillé pour tailler les pastels et les fusains en plastique lui aussi mais assez précis le Moleskine est charmant inoxydable aime particulièrement tailler le crayon graphite le taille-crayon NJK 505 de chez Sennelier ne s’intéresse qu’aux mines de 5,5 millimètres de diamètre n’insistez-pas il ne veut rien d’autre il est prêt à tout casser si on le force posés au hasard les carnets de croquis mon préféré le Sennelier esquisse blanc 110 grammes cinquante feuilles j’aime tous les carnets Hahnemühle utilise beaucoup celui destiné à l’aquarelle 200 grammes grain fin sans acidité un blanc naturel souple 10,5 x 14,8 centimètres peut s’emporter partout se poser sur les tablettes des trains même dans les TER tiens une petite chose noire volette autour de moi volette que serait-ce une vision de l’esprit une fatigue oculaire volette les rayons du soleil l’étreignent l’objet noir étincelle tournoie autour de ma tête s’incline vers la table survole les multiples objets se rapproche à nouveau de moi en ligne droite vers mon épaule gauche se pose très momentanément j’ai le temps d’entrevoir une forme très belle son mouvement resplendit dans ma poitrine il tournoie de nouveau se rapproche de mon nez s’y pose précisément rien de fastidieux il a de la place mon nez est droit et un peu long je redoute d’intervenir et la situation est envoûtante je n’ose pas lui donner un coup net de tire-ligne je n’ose même pas utiliser une gomme on pourrait dire de son point de vue que l’objet est cloué au sol et puis il est là-bas sous le soleil Cadmium Clair Véritable me fendille la lèvre l’objet a une forme vraiment belle il se nomme 588363 c’est l’ovni de Faber la forme est palpitante élancée largeur 60 millimètres hauteur 18 comment a-t-il pu tenir sur mon nez si adroitement le taille-crayon ovni est très silencieux fort esprit critique un noir profond pour les exécutions une netteté tranchante dans le tournoiement
je n’aime pas le taille-crayon Kum AZAO37679 trop cubique noir plat imprécis je ne l’aime pas
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Le vif de l’atelier d'écriture une vignette
Moult échos pénètrent l’oreille, penchés, vous. Penché, il, l’image bouge, l’image bouge à l’intérieur du mot, éclats. Vous, penchées, mouvement à l’intérieur des mots, elliptique précisément, vous assistez effarées au désir d’abandon, penchées. Tiens la main pend, le stylo pend, musique et haleine, un moment qui prend des jours, penché, le stylo constelle un état personnel. L’image bouge, l'image bouge à l’intérieur du mot, quand on décide de l’approcher il s’enferme à double tour, le mot une désertion, mais elles, hâbleuses, penchées, éclats, un instant qui prend des jours. Vous, penchée, feutre soulevé, musique et haleine. Elle, l’image bouge à l’intérieur du mot, haleine de sa musique, haleine, elle assiste effarée au désir de contempler des motifs intimes, penchée, éclat. Il, penché, sort du placard un mot malheureux, mais heureux, éclats. Quelqu’un maintenant se penche subitement, pressé, son instant de haleur qui dure des jours, musique et haleine. Tiens le mot pend, il ne pèse plus, trop de contemplation les fait pâlir, penché, musique et haleine. Elle, de méchante humeur se déplace en sens inverse, approche des choses très proches très vite, éclat, un moment qui prend des jours. Les images bougent à l’intérieur du mot, éclats. Vous, haleine, les mots quotidiens spéculent l’ineffable, pressés, certains déjà au bord des tables -le mot astre vient de tomber de haut, éclats, haleine de leur musique haleine.
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Le vif un bis
Ce n’est pas clair l’image bouge
oui l'image bouge à l’intérieur à l’intérieur du mot
mouvement haleine de sa musique haleine
haleine de sa musique
l’image bouge à l’intérieur du mot
elliptique précisément l’image bouge
On assiste effaré au désir d’enlacer un sens obscur
musique et haleine
tiens le mot pend
il ne pèse plus l’haleine des mots
mot objet du placard mais heureux
entourant la paresse par exemple le mot astre s’enferme à double tour quand on décide de l’approcher
certains au bord des tables après une longue vie de haleurs
trop de contemplation les fait pâlir une chose petite banale maintenant de méchante humeur se courbe
le mot une désertion
les mots rendus à l’abandon spéculent l’ineffable
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Virginia Woolf un fonds
On peut dorénavant consulter sur la plateforme woolfnotes.com, un ensemble numérisé de plus de 7000 pages manuscrites de la prolixe VW, essentiellement des notes de lecture et d'écriture. La collection est mise à disposition (et consultable gratuitement) par le King’s College de Londres. C'est donc très rigoureusement organisé, et c'est en version originale - en anglais.
⟶ https://www.woolfnotes.com
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Texte d'atelier
Quelqu’un se réveillait, quelqu’un souriait, quelqu’un sortait, quelqu’un s’éloignait, quelqu’un s’éloignait, quelqu’un s’éloignait.
Quelqu’un s’éloignait, quelqu’un se dirigeait vers la forêt, quelqu’un se dirigeait vers la forêt, quelqu’un se dirigeait vers la forêt.
Quelque chose bougeait, quelque chose bougeait, quelque chose bougeait, quelque chose bougeait. Les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes.
Il s’éloignait, il se dirigeait vers la forêt, il se dirigeait vers la forêt, il souriait, il souriait, il souriait. Il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose.
Quelqu’un marchait au bord de l’eau, quelqu’un marchait au bord de l’eau, quelqu’un marchait au bord de l’eau, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau blanche, au bord de l’eau blanche, au bord de l’eau blanche, et la bordure couverte, et la bordure couverte, et la bordure couverte, cet excès de blanc, cet excès de blanc, cet excès de blanc, cet excès de blanc.
Il revenait dans la forêt, il revenait, il revenait, il revenait, il revenait.
Quelque chose se détachait, quelque chose se détachait. Quelque chose se détachait. Le coeur et le flanc, le coeur et le flanc. Le coeur et le flanc. Le coeur et le flanc pressés, le coeur et le flanc pressés, le coeur et le flanc pressés. Il quittait un à un les multiples, il quittait un à un les multiples, il quittait un à un les multiples. Dans les feuillées, dans les feuillées, dans les feuillées. Il entamait une libération involontaire, il entamait une libération involontaire, il entamait une libération involontaire. Il s’établissait, émerveillé, il s’établissait, émerveillé. Il s’établissait, émerveillé. Il s’établissait, émerveillé, ralenti, il s’établissait, émerveillé, ralenti, il s’établissait, émerveillé, ralenti, et précis, il s’établissait, émerveillé, ralenti, et précis.
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Texte d'atelier " écriture et Paysages " avec Juliette Mézenc université Paul Valéry 2023
différents moments moment et saison pas de marche forcée vers l’exercice d’affûtage marquer la compréhension unifier les éléments devenir un élément un temps ponctuel les bruits répétitifs animaux objets techniques corps passant ralentissant se regroupant végétation fausse immobilité crayonnage et perception qu'est-ce qui veut se rendre visible les choses qui viennent à l’oeil qui dispersent qui dispensent de la joie de la légèreté l’ombre sur l’herbe je suis la regardeuse je ne laisserai pas de traces ce qui berce à nouveau ce qui surgit Pie Pie Pie Pies ce qui manque ce qui fait défaut action ponctuelle interêt ponctuel s’installer ici étendre les jambes s’installer plus profondément dans la lumière et le lieu échos visuels et olfactifs un corps qui s’apaiserait un peu plus qu’est-ce que cela ferait de s’appuyer un peu plus de se dérouler un peu plus est-ce que cela rime à l’arbre quelque chose pend le plaisir à écouter tous ces sons mélangés je suis maintenue par le sentiment tranquille mais face à ce rectangle d’eau un sentiment de division de déplacement un peu magique aussi je travaille plus ou moins deux dessins numériques sentiment de filament dans le paysage restreint deux dessins numériques réalisés laborieusement le soleil illumine trop l’écran et élimine le dessin en train de se faire pratiquement à l’aveugle la pulpe traçant des traits faisant venir des lignes vites interrompues par la limite de l’écran alors plutôt des points écran tambour à l’esprit le bâtiment des moulages je l’aperçois en partie je pense à ma peau paroi et moule sans jeu entre la toile et la forme on bouge on se lève ce qui est pendu à l’arbre face à la bibliothèque la perruche à collier de la belle exotique à la belle invasive entre le positif du moi et le positif du lieu cette fameuse parenté entre l’humain et l’arbre mêlons les ramures est-ce le moment d’évoquer la sève commune geste végétal et geste numérique l’un viendra hanter l’autre un rien qui décide mais prenons vraiment le végétal au mot
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Texte d'atelier " écriture et intuition " avec Adrien Perrin université Paul Valéry 2023
Petit dialogue d'amour
« J’aime porter des gants, à la folie, j’aime porter mes gants, j’aime mes gants mes gants à la folie
-j’aime te voir porter des gants, j’aime te voir porter des gants, à la folie
- j’aime les gants que je porte aujourd’hui, à la folie, ils plongent mes doigts dans un bain de ténèbres un bain de ténèbres
- oui j’aime tes gants, tes gants, à la folie, j’aime à la folie la pulpe de tes doigts la pulpe de tes doigts, à la folie
- j’ai aimé à la folie mes gants couleur tabac, à la folie, oui perdus, je fanfaronnais avec eux je fanfaronnais
- oui j’aimais aussi tes gants couleur tabac, tes gants couleur tabac perdus à la folie oui, tu fanfaronnais quand tu les portais tu fanfaronnais c’est sûr, à la folie
- j’aime à la folie que tu aimes mes gants, que tu aies aimé aussi mes gants tabac, oui perdus, j’aime que tu les aies aimés, que tu les aies aimés à la folie. »
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Film
La femme de Tchaïkovski film fascinant, scènes de groupes enivrantes, très composées, le parcours sensorimétrique de l’actrice, son visage, on pense à Tchekhov dans la première partie à Fassbinder en très édulcoré dans la deuxième, scène d’un lac avec bouleau, motif banal et instant complètement soulevé.
un film de Kirill Serebrennikov
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